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Nowruz, le nouvel an perse

Mon amie Simeen n’est plus mais reste cette jolie table qu’elle avait faite pour le nouvel an iranien. On dirait un tableau !
Plusieurs recettes perses sur mes blogs lui ont été dédiées puisque c’est elle qui me les avait apprises.
Voici la description de la table traditionnelle du Nouvel An iranien (Haft-Sin), en expliquant la signification symbolique des 7 éléments principaux commençant par la lettre « S » (les « 7 Sin »), ainsi que les autres objets emblématiques.

La table Haft-Sin du Nouvel An persan (Nowruz)

Le Nouvel An iranien, Nowruz, est célébré chaque année au moment de l’équinoxe de printemps (aux environs du 21 mars).

Sur cette table festive sont disposés **sept éléments symboliques** dont le nom commence par la lettre persane *sîn* (س). Chacun de ces objets représente un souhait ou un concept positif (renaissance, santé, amour, etc.) pour entamer la nouvelle année du bon pied.

Table de Haft-Sin traditionnelle préparée pour Nowruz, le Nouvel An persan.* Sur cette table ornée, on retrouve les « sept S » symboliques ainsi que d’autres décorations propres à cette fête. La coutume veut que chaque élément apporte une bénédiction particulière pour l’année à venir, qu’il s’agisse de prospérité, de joie ou de renouveau.

Les sept éléments principaux du Haft-Sin

Le terme **Haft-Sin** désigne donc sept objets dont le nom commence par « s ». Ces éléments, souvent tirés de la nature (beaucoup sont *comestibles

– Sabzeh (سبزه) – Ce mot signifie verdure. Il s’agit de jeunes pousses germées (généralement du blé, de l’orge ou des lentilles) que l’on fait pousser dans un plat à l’avance. Le sabzeh symbolise la renaissance de la nature au printemps et le renouveau de la vie.

– Samanu (سمنو) – Une crème/pudding sucré à base de blé germé (préparé longuement jusqu’à obtenir une pâte brune caramélisée). Le samanu représente la fertilité et l’abondance, apportant la douceur et la prospérité pour la nouvelle année

– Senjed (سنجد) – Le fruit séché de l’oléastre (une sorte de petite olive sauvage, parfois confondu avec l’argousier) Dans la tradition, on dit que le parfum du senjed en fleur ferait tomber amoureux !

– Serkeh (سرکه) – Du vinaigre (généralement de vin ou de pomme) résultat de la fermentation au fil du temps. Il symbolise la patience, la longévité et la sagesse de l’âge (le fait de tirer des leçons du temps qui passe)

– Sîb (سیب) – Une ou plusieurs pommes rouges et brillantes, signe de beauté. Les pommes symbolisent ainsi la beauté de la nature mais aussi la bonne santé et la vitalité pour l’année à venir.

– Sîr (سیر) – Quelques gousses d’ail. L’ail est réputé pour ses vertus médicinales : il représente la santé et la médecine (il est censé éloigner maladies et malchance par son odeur).

– Somāq (سماق) – Du sumac, c’est-à-dire des baies rouges séchées réduites en poudre, utilisées comme épice acidulée dans la cuisine. Le sumac, par sa couleur rouge pourpre, évoque le lever du soleil et la lumière du nouveau jour. Il symbolise ainsi le triomphe de la lumière sur les ténèbres (le bien sur le mal) et la joie d’un nouveau départ. On l’associe également à la santé.

Des variations possibles

Il n’existe pas de liste complètement figée des « 7 sin ». Dans certaines familles, on peut remplacer l’un des éléments ci-dessus par un autre commençant aussi par sîn. Par exemple, la jacinthe (sonbol, سنبل), fleur de printemps au parfum agréable, est souvent ajoutée sur la table pour représenter l’arrivée du printemps. De même, certaines tables incluent des pièces de monnaie (sekkeh, سکه) symbolisant la prospérité. L’important est de conserver sept éléments dont le nom commence par cette lettre. Ainsi, si l’on ajoute sonbol ou sekkeh, on peut considérer qu’ils font partie des « 7 » à la place d’un autre (par exemple l’ail), selon les choix familiaux.

Autres objets traditionnels sur la table de Nowruz

En plus des sept items principaux, la table de Nowruz est décorée avec d’autres objets chargés de sens symbolique, même si leurs noms ne commencent pas par sîn. On trouve notamment :

Haji Firouz

Des figurines de Haji Firouz en habit traditionnel (vêtement rouge et visage noirci), vendues sur un marché de Téhéran avant Nowruz. Ce petit personnage folklorique est le messager joyeux du printemps dans la culture iranienne. Vêtu d’un habit rouge vif et le visage teinté de noir, Haji Firouz chante et danse dans les rues pour annoncer l’arrivée de Nowruz. Il incarne la joie du Nouvel An et la renaissance de la lumière après l’hiver, même si son apparence (visage noirci) est aujourd’hui objet de débats. Il n’est pas un élément posé sur la table à proprement parler, mais on peut placer une figurine le représentant aux côtés de la sofreh de Haft-Sin pour perpétuer la tradition.

Livre sacré ou recueil de poésie

On place généralement un livre sur la table, symbole de sagesse et de spiritualité. Dans les familles musulmanes, il s’agit souvent du Coran ; d’autres peuvent choisir un texte poétique ou philosophique marquant. Par exemple, de nombreux Iraniens utilisent le Shâhnâmeh (le « Livre des Rois » de Ferdowsi) ou le recueil de poèmes de Hafez, dont on aime tirer des augures pour la nouvelle année. Qu’il s’agisse d’un livre sacré (Coran, Avesta…) ou d’un ouvrage de poésie classique, il représente la sagesse, la foi et la réflexion pour l’année à venir.

Miroir (آینه, âyeneh)

Un miroir est toujours disposé au centre ou à l’arrière de la table. Il reflète les autres éléments et symbolise l’introspection et la réflexion sur soi-même. Le miroir rappelle de se tourner vers la lumière et la clarté (il reflète la lumière des bougies) et d’entrer dans la nouvelle année avec honnêteté et pureté. Il est aussi censé refléter le moment du changement d’année : les membres de la famille regardent le miroir au souffle du Nouvel An (Tahvil) pour y voir leur visage illuminé par la nouvelle année.

Bougies (شمع, cham’)

On allume généralement des bougies sur la table, souvent une pour chaque membre de la famille. Les bougies symbolisent la lumière et le feu sacré. Elles apportent de la clarté, de la chaleur et de l’espérance. La flamme des bougies rappelle que Nowruz trouve ses racines dans des rites anciens (probablement zoroastriens) célébrant le feu et la lumière victorieuse sur les ténèbres de l’hiver.

Œufs peints

Des œufs décorés (durs et peints à la main) sont disposés dans un panier ou une coupe. Ils sont l’emblème de la fécondité et de la naissance d’une nouvelle vie. Souvent, on prévoit un œuf pour chaque membre de la famille, ce qui met en avant l’unité familiale et la continuité des générations (les œufs annoncent les naissances et la descendance à venir). Cette tradition rappelle celle des œufs de Pâques par sa symbolique de vie nouvelle.

Poissons rouges

Un petit bol ou un aquarium contenant un ou plusieurs poissons rouges vivants occupe une place sur la table. Le poisson rouge (souvent un couple) représente la vie et le mouvement perpétuel. Il est associé au changement de cycle et au flot du temps, car il nage sans cesse. Selon certaines interprétations, le poisson rouge symbolise aussi le progrès et l’avance vers l’avenir. Certains le lient au signe zodiacal des Poissons qui correspond à la période de Norouz. Les enfants apprécient particulièrement la présence des poissons, qui apportent une touche d’animation à la table.

Pièces de monnaie (سکه, sekkeh)

Bien que facultatives, des pièces sont souvent éparpillées sur la table ou placées dans un bol. Les pièces de monnaie symbolisent la richesse, la prospérité et la réussite financière pour l’année à venir. Leur éclat métallique ajoute un aspect brillant à la table, rappelant que la prospérité matérielle est un souhait important pour le futur. Lorsque les pièces sekkeh font partie des sept éléments principaux, elles remplacent alors un autre Sin pour rester au nombre de sept.

Orange dans l’eau

Parfois, on voit un bol d’eau dans lequel flotte une orange amère bigarade au milieu de la table. Cet élément représente symboliquement la planète Terre flottant dans l’espace (l’eau figurant l’océan céleste). C’est un rappel cosmique que la nouvelle année marque aussi un nouvel an pour la planète dans son cycle autour du soleil.

Eau de rose

Une petite bouteille d’eau de rose peut être présente. On attribue à l’eau de rose des propriétés purificatrices et magiques. En asperger légèrement la table ou la pièce évoque la pureté et la protection contre le mal pour les mois à venir.

Pâtisseries et friandises

Bien qu’optionnels, des bonbons, pâtisseries ou fruits secs typiques de l’Iran sont souvent offerts sur la table (nougat, baklava, graines de pastèque grillées, etc.). Ils représentent la douceur de vivre et le plaisir de l’hospitalité. Les convives qui viennent échanger les vœux de Nouvel An peuvent ainsi se régaler, signe de partage et de bonheur.

L’ail (سیر, *sîr*)

Si l’ail n’a pas été inclus parmi les sept Sin principaux, on le trouve tout de même fréquemment sur la table. Comme indiqué plus haut, l’ail symbolise la santé et la protection. Même lorsque certaines familles choisissent de compter la jacinthe ou les pièces à la place de l’ail dans leurs « 7 », elles gardent souvent quelques gousses d’ail sur la nappe pour bénéficier de ses vertus protectrices traditionnelles.

Durée de la présentation

Enfin, la table de Haft-Sin reste dressée pendant 13 jours, durée des festivités de Norouz. Le 13e jour, appelé Sizdah Bedar, les familles portent le sabzeh (les pousses vertes) à l’extérieur et le jettent dans une rivière ou un champ, symbolisant le renvoi des mauvaises ondes accumulées et un retour de la nature à la terre. La boucle du Nouvel An est ainsi bouclée, et chacun espère que les symboles du Haft-Sin se concrétiseront en bonheur, santé et prospérité tout au long de l’année à venir.